Néo-trad, scène vivante et nouvelles signatures : qui façonne le visage musical de la région ?
De la Loire au Cantal, des estives d’Auvergne aux cités du Rhône, chaque territoire abrite sa propre pépinière d’artistes. Plusieurs groupes incontournables et voix singulières se distinguent par leur inventivité et leur engagement dans ce renouvellement.
La Nòvia : laboratoire vivant des musiques du Massif central
À la croisée de la tradition et de l’avant-garde, La Nòvia se pose comme l’un des collectifs les plus créatifs d’Auvergne et du Centre France (source : Bandcamp La Nòvia). Formée autour de musiciens comme Yann Gourdon, Jacques Puech, ou Julie Läderach, La Nòvia développe un son hypnotique, ancré dans la modalité propre au Massif central, qu’elle fusionne avec des esthétiques proches de la noise ou de la répétition minimale. Loin de reproduire la musique à l’identique, le collectif refait circuler la matière sonore (bourdon continu, voix a capella, cornemuses revisitées) dans une formule inédite, oscillant entre bal, concert expérimental et performance immersive :
- Le projet Toad (avec Barnabé Mons), dans lequel chants occitans et synthétiseurs dialoguent.
- Les albums du duo Jérémie Sauvage & Frédéric Nogray, où la vielle drone croise les sons électroniques.
- Le groupe Trio Puech/Gourdon/Brun, qui a marqué le renouveau du chant occitan traditionnel à danser.
Super Parquet : le bal au XXIe siècle
Impossible de parler du néo-trad sans évoquer Super Parquet, véritable ovni sonore formé au cœur de l’Auvergne. Ce quartet énergique se résume à une formule : bourrée 2.0. Leur secret ? Des vielles orchestrées avec une batterie qui pulse et des machines hypnotiques, créant une transe où le bal devient presque un set électro. Réunis par le désir de faire danser tous publics, ils respectent la structure du bal populaire tout en poussant les frontières : chaque concert est un voyage sensoriel où la tradition, croisée avec la techno, prend des allures futuristes (source : France Info).
- Leur album éponyme, sorti en 2017, a fait l’effet d’une déflagration sur la scène néo-trad.
- Super Parquet attire aussi bien les passionnés de musiques « du coin » que les clubbers curieux…
- Leur démarche : conserver l’énergie pulsative, le lâcher-prise, et l’immédiateté du bal, tout en ouvrant les oreilles à la spatialisation des sons et à la masse sonore contemporaine.
San Salvador : la polyphonie occitane en fusion
Rendez-vous en Corrèze, à Saint-Salvadour, avec les six voix puissantes, deux toms et des mains frappantes (clap, frappes corporelles) du groupe San Salvador. Leur identité : une écriture polyphonique moderne mais enracinée, puisant dans les langues occitanes. Ici, la tradition vocale est vivifiée par un sens du rythme soudé – un véritable mur sonore collectif, percussif, parfois sauvage, toujours habité. Nominés et salués dans toute l’Europe (Transmusicales, Womex), San Salvador mélange oralité, énergie chorale et création, inventant un folklore imaginaire où la répétition agit comme un rituel émotionnel (source : Les Inrockuptibles).
- Leur premier album La Grande Folie (2021, Pagans/Buda Musique) a rencontré un succès public et critique.
- Porteurs d’un message universel, ils démontrent combien la polyphonie locale peut toucher partout, jusqu’à l’international.
Zlabya : un bal imagé, des valses voyageuses
Né au croisement des influences du Massif central, de la Méditerranée et du Klezmer, Zlabya s’est fait un nom avec ses bals imagés et ses albums ciselés (La vie est un paravent, 2019). Accordéon, violon, clarinette, guitare – une instrumentation ouverte, pour des compositions originales servies par une voix féminine, Lucie Périer ou Adèle B., véritable fil d’Ariane entre chanson et tradition. Leurs bals sont réputés pour leur inventivité, où l’on peut danser sur de longues bourrées, des slängpolska revisités ou d’étonnantes mazurkas cinématographiques.