Un patrimoine sonore d’une richesse étonnante : naissance et limites des premières collectes
Du sillon des premiers collecteurs aux fonds numériques accessibles en quelques clics, l’histoire de l’archivage sonore en Auvergne et dans le Vivarais témoigne d’une volonté de sauvegarder une culture jugée menacée. Dès les années 1930, la mission de l’ethnomusicologue Claudie Marcel-Dubois, envoyée par le Musée des Arts et Traditions Populaires, consigne sur ses cylindres Pathé les voix des chanteurs et chanteuses du Massif central. Ces collections, aujourd’hui consultables à la Médiathèque de la Philharmonie de Paris (source), constituent souvent les seuls témoignages d’un répertoire en voie de disparition.
La décennie 1970 marque un tournant : à l’heure où les sociétés rurales se transforment à grande vitesse, des collectifs comme le Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin (CRMTL) arpentent hameaux et villages, micro à la main, enregistrant aussi bien la bourrée, les complaintes que les conversations en patois. Leur travail, titanesque, a permis de préserver plus de 6 000 heures d’archives sonores sur le Massif central et ses abords (crmtl.fr).
Mais derrière ce sauvetage, se dresse une limite majeure. L’audio capte la voix, le timbre, le rythme, mais fige aussi un instant, sous la forme d’un document. Peut-on dès lors espérer préserver l’entièreté d’une tradition orale, qui s’est toujours alimentée du vivant, du corps, du contexte, et de la transmission directe de l’aîné à l’élève ?